SADE, CELUI POUR QUI LA CENSURE AURAIT PU ÊTRE INVENTÉE

Emmanuel Pierrat, avocat et écrivain

A l’automne dernier, en ma qualité de Président du jury, j’ai remis le Prix Sade et ses accessits à des auteurs, des essayistes ainsi que des artistes œuvrant sur l’interdit, les marges ou encore la censure. 

Sade, évidemment ! Celui dont le nom est entré pour de bon – et pour le pire, en 1834, vingt ans après sa mort, dans les dictionnaires afin de désigner une « aberration épouvantable de la débauche », le symbole, selon Boiste, d’un « système monstrueux et antisocial qui révolte la nature », Sade, donc, peut difficilement ne pas être évoqué lorsqu’on parle d’Enfer des bibliothèques et d’écrivains en prison.  

C’est grâce à cet écrivain de Sade, né le 2 juin 1740, rue de Condé, située aujourd’hui à Paris 6ème, que le psychiatre autrichien Richard von Krafft-Ebing donnera une nouvelle vie au terme de « sadisme », dans le but de désigner une pratique sexuelle au sein de laquelle le plaisir résulte de la souffrance infligée à l’autre. L’auteur du fameux Psychopathia sexualis -qui, à l’instar de la plupart des détracteurs de Sade, l’a très peu lu – note, en 1886, pour se justifier d’accuser à son tour le romancier : « dans la littérature française, « sadisme » est devenu le mot courant pour désigner cette perversion » ; dont Krafft-Ebing ne livre guère de définition tant elle demeure finalement si complexe…

Sade, évidemment. Car beaucoup de ses laudateurs changent son nom – trop synonyme de perversion – pour l’appeler le « Divin marquis », oubliant que le noble écrivain fut un temps, au Comité des Piques, un ardent révolutionnaire (quoi qu’en disent ceux qui révisent à présent cette histoire), exhortant les Français à faire une effort pour devenir républicains ; tandis que d’autres lui donnent familièrement du « DAF », les initiales de Donatien Alphonse François.

Sade, évidemment, tant il a été lu aussi bien par des amateurs de romans et d’autres de philosophie, des pornographes et des juges, des curés et des adeptes du SM, des surréalistes si chastes… qu’il est utile de le saisir à nouveau.

Alors Sade, évidemment. Mais en tentant de le dessiner par la lecture de ses procès et de ses censures, qu’ils soient liés à des agissements charnels. Le récit de la chronique judiciaire et de l’histoire de la censure est une clé qui convient pour entrouvrir tant de portes.

En procès de son vivant

Les frasques qui vaudront à Sade de fréquents séjours en prison commencent tôt. En 1763, quatre mois après son mariage avec Renée-Pélagie de Montreuil, il est enfermé sur ordre du roi au donjon de Vincennes après qu’une prostituée s’est plainte « d’impiétés horribles ». Premier scandale d’une longue, très longue série, marquée par des débauches qui, si elles n’ont pas le plus petit rapport avec celles que le romancier dépeint dans ses livres, fondent toutefois la légende sadienne et rattachent irrévocablement l’existence du marquis à ses turpitudes littéraires et philosophiques.

Ce sont d’ailleurs ses propres excès qui rendent le nom de Sade célèbre auprès de ses contemporains – excès sévèrement punis, puisque la somme de ses différents emprisonnements représente près de trois décennies de sa vie –, nullement ceux de ses textes occultés par une censure presque absolue tout au long du XIXe siècle et jusque dans les années 1950.

Mais c’est aussi à l’occasion de ses condamnations que l’homme va devenir écrivain, pour paraphraser Simone de Beauvoir – elle écrit à son propos, dans son Faut-il brûler Sade ? : « En prison entre un homme, il en sort un écrivain ». Et c’est en réaction aux injustices dont il se considère être la victime que s’élabore son œuvre si singulière.

Le Comte de Sade, le père de notre futur littérateur, franc-maçon installé à la Coste, dans l’actuel Lubéron, décède en 1767. Son fils deviendra vite le seigneur dans tous les sens du terme. L’épouse du nouveau maître des lieux, Renée-Pélagie, fidèle entre les fidèles, accouche peu après de leur premier enfant, quatre ans après leur union… Et la famille mettra deux siècles avant d’accepter l‘héritage du marquis-écrivain, épris d’écrire et repris de justice.

Car Donatien Alphonse François de Sade est arrêté dès le 29 octobre 1763 pour « débauche outrée », à la suite d’une plainte déposée par une demi-fille publique, Jeanne Testard, qui a trouvé le marquis bien audacieux dans ses jeux ; et très blasphématoire. Celui-ci échoue à Vincennes, au donjon, sur ordre du roi. Sade a, pour la première fois, mis en application des idées, bien plus que des envies libidineuses. Il est libéré en septembre 1764, année à partir de laquelle la police ne cessera de le suivre et de rapporter ses faits, gestes et écrits.

 A Arcueil, au printemps 1768, Sade aurait, cette fois, abusé d’une prostituée. Rose Keller se dit flagellée, incisée avec un canif. Ses blessures ont été traitées avec… de la cire brûlante. Le marquis aurait recommencé plusieurs fois en la menaçant de la tuer si elle ne cessait pas de hurler. Selon Paul L. Jacob, qui l’affirme en 1834, Rose Keller aurait d’abord accepté les propositions honteuses du Marquis de Sade, mais aurait ensuite été effrayée par l’appareil de torture qu’il déployait autour d’elle… Elle se serait donc échappée par la fenêtre et blessée dans sa chute. Quoi qu’il en soit, Rose réussit à s’enfuir et porte plainte malgré les 2 400 livres versées en guise de dédommagement.

         L’affaire est jugée devant la justice du roi en juin 1768. Sade est incarcéré au château de Saumur puis à celui de Pierre-Scise, à Lyon. Le Roi signe toutefois une lettre d’abolition, annulant la condamnation de Sade à l’emprisonnement « pour le restant de ses jours ».

Après sept mois de prison, Sade retrouve ainsi sa liberté avec l’obligation de se retirer dans ses terres. Mais notre marquis ne fait que recommencer ce qui ressemble toujours à des expériences de laboratoire, qui sont plus là pour répondre à des questionnements intellectualo-littéraires que pour assouvir de véritables fantasmes. Les opposants lettrés et contemporains du marquis – car il y en a de très nouveaux – ne pensent pas autrement : « tout juste un grand écrivain fantasmant ce qu’il n’a pas fait ». Nous sommes donc presque totalement d‘accord…

Lors d’un bal que Sade donne à Marseille, en juin 1772, il aurait ajouté dans le dessert des pastilles de chocolat préparées avec des mouches cantharides. Plusieurs personnes trépassent. Il est condamné à mort par contumace, le 11 septembre 1772. Paul L. Jacob assure que le Marquis de Sade était résolu à enlever sa belle-sœur, Mlle de Montreuil pour s’enfuir dans un pays étranger.

Sa belle-mère en tout cas, qui ne goûte guère ce gendre si atypique, le fait arrêter en 1777, grâce à une lettre de cachet. Ce sera à nouveau Vincennes. Au début de l’année 1778 il est transféré à Aix en Provence et rejugé pour l’affaire de Marseille. Le jugement est cassé et il n’est plus accusé que « d’admonestation pour débauche et libertinage », avec au final 50 livres d’amende et une interdiction de séjourner à Marseille pendant trois ans.

Un écrivain né en prison

         Tout le reste n’est que littérature.

Enfermé à la Bastille en 1785, Sade entreprend en effet de mettre au propre les brouillons des Cent Vingt Journées de Sodome. Le texte est recopié d’une écriture minuscule sur les deux côtés de trente-trois feuillets d’un peu plus de onze centimètres, collés les uns aux autres et formant ensemble une bande de douze mètres de long. Il soustrait le rouleau à la vigilance de ses gardiens en le cachant dans sa cellule, mais le perd lors de son transfert à Charenton. Quatre ans plus tard, la forteresse honnie est prise, pillée, ruinée. Sade est persuadé que l’ouvrage est perdu, il en verse des « larmes de sang ». Les lignes les plus ahurissantes de la littérature mondiale ont pourtant survécu. Un miracle dont il faudra cependant attendre plus d’un siècle et demi pour qu’elles soient portées à la connaissance du public. Maurice Heine les publie, à partir du rouleau de la Bastille, de 1931 à 1935. Il disparaîtra par la suite, victime (!) de querelles bien humaines et classiques.

J’ai admiré ce manuscrit une première fois en Suisse, dans les années nonante, alors qu’il appartenait au grand bibliophile Gérard Nordmann. Le rouleau a séjourné dans le canton de Vaud jusqu’en 2014, année du bicentenaire de la mort du marquis, devenu entretremps, le prince de la censure. Il est à présent sorti des mains d’héritiers terribles, a pu regagner le sol parisien et est exposé afin d’être vendu à des investisseurs.

En voilà du chemin parcouru depuis la prison de la Bastille entre les murs de laquelle il été rédigé avec la plus belle économie de papier, chaque feuillet étant roulé pour être glissé, selon la légende, entre deux pierres du cachot ou dans le fondement du marquis à l‘aide d’un fourreau sur mesure ; puis d’être, là encore au choix du mythe, dissimulé entre les seins de Renée-Pélagie ou soufflé à travers les barreaux à l’aide d’une sarbacane de fortune.

Mais revenons un instant et en arrière sur ce siècle d’or du libertinage français que serait le XVIIIème, illustré, à l’ordinaire, d’aventures insipides aux Indes orientales et de contes de fées plus ou moins polissons : Justine ou les malheurs de la vertu, paru en 1791, est la première œuvre publiée du vivant de Sade. La Philosophie dans le boudoir ou Les Instituteurs immoraux, sous-titré Dialogues destinés à l’éducation des jeunes demoiselles est imprimé quatre ans plus tard. Un degré supplémentaire vient d’être franchi là dans l’exploration du vice. Sade ne reconnaîtra jamais la paternité de ce premier livre ni du second. En 1799, La Nouvelle Justine, suivie de Histoire de Juliette, sa sœur sont livrés au public, un public il est vrai restreint, mais qui va vite s’élargir, sollicité par le souffre et la légende. Ces trois œuvres, dont Sade niera jusqu’à la fin être l’auteur, paraissent anonymement avant de rejoindre presque aussitôt la clandestinité, puis de disparaître un temps de la circulation. Avec les Cent Vingt Journées de Sodome, ces trois ouvrages forment la quintessence de la transgression sadienne et de son entreprise de destruction de la morale et de la religion.

De la clandestinité à l’édition Pauvert

La qualité principale des censeurs tient à leur obsession. Les plus grands pourfendeurs de la littérature érotique ont toujours développé un goût très particulier pour la bibliographie, mais aussi pour la conservation méticuleuse des pages et gravures licencieuses.

Dès 1546, Charles-Quint fait dresser, par l’université de Louvain, le premier Catalogue des livres dangereux. Pie IV, quant à lui, fait établir la Liste des livres défendus. Les Index librorum et prohibitorum deviendront en eux-mêmes un type d’ouvrages recherchés des collectionneurs. Car le propre de ces recensions est de reproduire ad libidum les intitulés les plus audacieux.

Qui aime bien châtie bien. Le sens de la compilation et de la litanie n’est souvent que le reflet du trouble ou du désarroi des censeurs. Le statut du livre érotique, conservé mais interdit, est révélateur des rapports troublés qu’entretiennent la loi et la sexualité. C’est ainsi que la Confession de Mademoiselle Sapho ou La Secte des anandrynes, qui est tenu pour un classique de la littérature lesbienne, est attribuée par les commentateurs les plus autorisés à la plume de Mathieu-François Pidansat de Mairobert. Celui-ci était par ailleurs censeur royal… Il a fini par être accusé de fournir des pamphlets à la presse de Londres à partir des textes dont il pourchassait par ailleurs la diffusion. Ce censeur et libertin, très contemporain de Sade, se serait tué dans son bain en 1779, pour échapper à une arrestation imminente.

Mais la première politique systématique de censure ne fut érigée que par une loi de 1819 qui fustige « tout outrage à la morale publique et religieuse, ou aux bonnes mœurs ». Cette disposition, pour le moins amphigourique, fut redoutablement appliquée, au point de pourchasser ce que la fin agitée du XVIIIe siècle et la relative permissivité de la Révolution avaient laissé publier. Les victimes de cette loi sont encore célèbres aujourd’hui : Les Chansons de Béranger comme La Guerre des dieux de Parny connaissent leur première interdiction en 1821. En 1822, ce furent Le Chevalier de Faublas,de Louvet de Couvray, qui avait pourtant été publié régulièrement depuis 1787, et les Chansons de Piron. En 1824, la police poursuit soudainement Les Liaisons dangereuses ! En 1826, Erotika biblion, de Mirabeau, et Les Divinités génératrices du culte de Phallus chez les anciens et les modernes, de Dulaure sont visés à leur tour. En 1852, Le Sopha de Crébillon fils, et Les Bijoux indiscrets, de Diderot, sont rattrapés par le Second Empire, etc. Que de libertins qui forcent à ce constat : aucune comparaison possible avec notre Sade.

C’est en tout cas dans ce climat particulier que se serait structuré l’Enfer de la Bibliothèque nationale, les uns – et notamment Apollinaire – datant sa naissance du Consulat, les autres – tel Pascal Pia qui signa Les Livres de l’Enfer du XVIème siècle à nos jours – rattachant sa création aux dernières années du Second Empire.

Sade, qui écrit jusqu’à la fin, en 1814, y occupe bien entendu une place d’honneur. Toutes les éditions originales de ses écrits y ont été conservées dans un état quasi-neuf. Il y a là toute la vie clandestine aussi des écrits du marquis, en français, bien sûr, mais aussi en anglais ou encore en polonais. Des dizaines et des dizaines de fiches.

Les censeurs ont en effet toujours pris le soin non seulement de mettre en fiches, mais aussi de rassembler et de conserver l’objet de leur fureur. Le Supplément du Grand Dictionnaire universel de Larousse précise qu’ « il existe à la Bibliothèque nationale un dépôt qui n’est jamais ouvert au public : c’est l’Enfer, recueil de tous les dévergondages luxurieux de la plume et du crayon ».

Le terme d’Enfer, si lié à Sade, serait né, au XVIIe siècle, pour désigner « le grenier du couvent des Feuillants dans lequel on avait exilé les livres hérétiques ». Pascal Pia avait d’ailleurs relevé, en préface à son célèbre volume bibliographique: « qu’il y ait un enfer des imprimés, cela donnerait presque à rêver, même à qui ne lit jamais. Le feu est l’un des éléments de la mythologie du livre. Le calife Omar passe pour avoir fait incendier ce qui restait de la Bibliothèque d’Alexandrie après les ravages qu’y avaient provoqué deux cent cinquante ans plus tôt les brandons allumés par les légionnaires romains. Durant plusieurs siècles, les écrits condamnés par un tribunal ecclésiastique ou par une cour de justice ont été brûlés, et parfois brûlés avec leur auteur ou avec un mannequin le représentant, si le coupable était en fuite ».

L’autodafé est en train de passer de mode. Mais Beauvoir signait-elle néanmoins, en 1955, soit au temps du procès de Pauvert, Faut-il brûler Sade ? 

Il demeure, d’ailleurs, un modèle mythique à ce type d’Enfer : tous les amateurs de curiosa savent que la plus impressionnante et la plus ancienne des collections de porn books est conservée à la Bibliothèque vaticane, où Sade est, là encore, aux premiers rangs. Mais il est aussi un Enfer, dénommé Réserve spéciale, à la Bibliothèque de l’Arsenal, un Private Case à la British Library, une section réservée à Saint-Petersbourg… D’autres Enfers, moins connus, survivent en parallèle. Recensés dans des petites fiches cartonnées, qui dorment depuis longtemps dans les rayonnages de la préfecture de police : « ouvrage saisi au cours d’une descente de police opérée le 23 octobre 1903 dans la maison de rendez-vous exploitée par une née Leclerc rue Lamartine 46 ». Et tous les livres de Sade y ont été lus, loués, prêtés et vendus tout au long du XIXème siècle, sans que les intellectuels ne s’en mêlent. L’un d’entre eux, Jean Paulhan, le grand éditeur de la NRF qui témoignera en faveur de Jean-Jacques Pauvert au procès qu’entraina la première édition à ciel ouvert des œuvres de Sade, passe commande des éditions sous le manteau qui circulent dans Paris depuis la fin du XVIIIème siècle à son libraire en chambre.

Pascal Pia affirme que l’accès à ces volumes n’a jamais été plus difficile que celui des autres livres rares et précieux de la Réserve ; ce qui demandait toutefois le visa d’un bibliothécaire. Il reconnaît que les requêtes des érudits, pourtant déjà triés sur le volet de la recherche scientifique et universitaire, étaient examinées  « avec une certaine circonspection ».

 En la matière, la discrétion et la retenue sont de mise. Toutefois, les Enfers contiennent ainsi, au gré des législations, des modes et de la répression, des ouvrages en plus ou moins grand nombre sur l’adultère, la sodomie, la zoophilie, la pédophilie, le lesbianisme, la nécrophilie, la coprophagie, la scatophilie, le fétichisme, le triolisme, l’échangisme, le sado-masochisme, etc.

Notre ami le Marquis y occupe par conséquent de nombreux rayonnages, sans discontinuer, puisqu’il a fait sienne cette recension des turpitudes humaines : l’Enfer de la B.N. renferme trois éditions d’Aline et Valcour, deux versions des Amis du crime, deux autres du Bordel de Venise (qui est, en réalité, un extrait de l’Histoire de Juliette), six versions des 120 journées de Sodome (dont une en anglais), Eugénie de Franval (tiré des Crimes de l’amour),  pas moins de dix Justine (dont, là encore, deux versions anglaises et une polonaise…), sept Nouvelle Justine, trois Juliette… On recense également une étude bio-bibliographique sur Le Marquis (éditée à « Sadopolis, chez Justine Valcour, rue Juliette, à l’enseigne de la vertu malheureuse »), trois volumes de L’Œuvre du Marquis de Sade (publiés par Apollinaire dans sa collection Les Maîtres de l’amour), un recueil de Pages curieuses du Marquis, les Œuvres complètes publiées au Cercle du livre précieux, huit versions de La Philosophie dans le boudoir (dont encore une en anglais), The Pleasures of Cruelty (tiré de Justine et de Juliette), trois volumes de Zoloé (dont Gilbert Lely finira par ôter la paternité au Marquis), etc. Il existe même à l’Enfer La Courtisane Anaphrodite ou la Pucelle libertine, faussement attribué à Donatien Alphonse François. Quant à L’Anti-Justine de Restif de la Bretonne, l’ouvrage y figure en onze éditions différentes. S’y trouve même Les Buveuses de larmes d’une certaine marquise de Sade…

Mais tous les livres de l’Enfer ne mettent pas le rose aux joues ou ne se lisent pas que d’une main. Les Enfers recèlent aussi des livres dont seul le titre peut paraître érotique. Sur les 1700 livres de l’Enfer de la Bibliothèque nationale, figurent bien entendu nombre d’ouvrages condamnés. Certains l’ont été cependant « par défaut », car l’éditeur et l’auteur, anonymes, étaient introuvables et n’ont donc présenté aucune défense. Ces piètres succédanés de libertinage ne méritaient ni la sentence ni l’Enfer. Ils voisinent parfois des livres qui n’ont jamais été condamnés, car il y a toujours eu, en pratique, une certaine tolérance pour les ouvrages scientifiques destinés au public restreint des chercheurs. Les éditeurs ont su en profiter et les albums sur l’anatomie ou le sport antique ont fleuri au début du siècle.

Les conservateurs de l’Enfer ne s’y sont pas trompés. Ils ont mis la main sur des livres puissamment érotiques, malgré leur apparence historique ou scientifique. L’érudition et le retour aux classiques sont un autre artifice très répandu.  Sade est entré à l’Université et est sur le point de figurer au  programme de terminale.

Quant à l’iconographie, elle n’est pas absente des Enfers, circulant en parallèle aux romans de Genet ou de Cocteau. Chez Sade, ce sont des prouesses acrobatiques de personnages juchés les uns sur les autres, qui défient les athlètes du cirque de Pékin.

         Les Enfers sont aussi un recensement de grands écrivains, qui, inspirateurs ou laudateurs du marquis, ont presque tous essayé le genre érotique, avec plus ou moins de clandestinité et de bonheur. L’Enfer de la B.N. conserve Les Onze Mille Verges de Guillaume Apollinaire, l’Arétin (pour de nombreuses éditions de ses Ragionamenti), mais aussi Jean de Berg (c’est-à-dire Catherine Robbe-Grillet, pour L’Image,illustré d’un frontispice de Bellmer), Musset, Théophile Gautier, André Hardellet, Hoffmann, Marcel Jouhandeau, Paul Léautaud, Louis Aragon, Guy de Maupassant, Henry Miller, etc. L’Enfer, c’est le Lagarde et Michard du sexe. On y trouve même Alfred Jarry, pour Les Silènes, sans doute écrit par Pascal Pia lui-même, qui tout en ayant été le plus sérieux des bibliographes de l’Enfer y règne aussi comme auteur, traducteur, éditeur, préfacier… et grand lecteur/commentateur de Sade, qui lui a sans doute fait peur. Car Sade reste incomparable à tous grands noms, dont ont le rapproche aujourd’hui pour mieux justifier sa lecture. Un des livres les plus représentés à l’Enfer est sans doute Justine. Elle y côtoie les ouvrages des petits pornographes multirécidivistes que sont Le Nismois, Grimaudin d’Echara, Alphonse Belot, ou même Pierre Mac Orlan, dont des dizaines de titres occupent les rayons. Mais aucun d’entre eux, là non plus, n’est comparable à Sade.

Sade a connu bien des procès : et les Enfers permettent de constater que la littérature érotique n’a jamais été aussi intéressante, inventive et écrite que lors des plus intenses périodes de répression. Les très victoriens Ma Vie secrète ou Les Mémoires d’une puce, quisont la traduction de textes anglais originellement édités, sous le manteau, à Londres, en 1881, en constituent de bons exemples.Ce dernier récit repose d’ailleurs sur le principe déjà bien connu du témoin involontaire, placé au cœur de l’action. Un tel procédé a donné plusieurs de ses plus élégants et mielleux ouvrages à la littérature de l’Enfer, des Bijoux indiscrets au Sopha, en passant par Le Canapé couleur de feu, l’Histoire d’un godemiché ou encore les Mémoires d’une petite culotte. Andréa de Nerciat et Crébillon fils restent à mille éjaculations du marquis. Là encore, rien de comparable aux 120 journées.

D’autres sont en revanche étrangement absents des Enfers. Ce ne sont donc pas des catalogues ou des conservatoires parfaits. Il n’est d’ailleurs pas certain, s’ils étaient encore aujourd’hui ouvertement en fonction, qu’y rentrerait la production contemporaine. S’il est fort à parier que La Vie sexuelle d’un plateau de fruits de mer de Jean-Pierre Otte, celle de Catherine Millet ou le Baise-moi de Virginie Despentes seraient immédiatement intégrés en raison de leur titre, l’œil du censeur moderne hésiterait devant certaines auto fictions, depuis que Sade est soudainement entré dans la Pléiade.

Puisque Sade les sauve tous, ces écrivains plus ou moins profiteurs ou séditieux.

Sade, sauvé par les intellectuels : de Pauvert à La Pléiade

Plus de cent soixante ans après avoir été enfantée, souvent au fond des geôles de l’Ancien Régime, l’œuvre du marquis de Sade gêne encore. En 1956, le ministère Public intente un procès à Jean-Jacques Pauvert contre la publication de certains textes du marquis. Pauvert a décidé qu’il était temps de révéler au public le génie du plus maléfique des écrivains. L’initiative lui vaut un procès, qui s’achève deux ans plus tard avec l’obligation de ranger les livres incriminés parmi les publications interdites à la jeunesse.

A partir de 1953, Jean-Jacques Pauvert a en effet décidé d’éditer les œuvres complètes du Marquis de Sade. Ce frondeur est mort ce samedi 27 septembre 2014, incarnant le combat contre la censure et pour Sade. Nous déjeunions tous les quinze jours dans ce même restaurant italien, près de Saint-Sulpice. J’avais même pensé et émis l’idée de poser un micro, tant Jean-Jacques avait commencé de raconter sa vie, celle de l’édition, des ciseaux d’Anastasie.

Jean-Jacques Pauvert avait initié sa compagne, Régine Deforges, partie quelque mois à peine avant lui. Elle peut s’enorgueillir d’une gloire similaire à celle de Jean-Jacques avec ses dizaines de poursuites en correctionnelle pour sa maison, L’Or du temps. Il lui a fallu affronter avec d’autant plus de courage ce monstre inlassable qu’une jeune et belle femme, décemment, en devenait encore plus diabolique, aux yeux des magistrats, qu’un vieux libidineux.

Les aventures éditoriales de Jean-Jacques Pauvert sont désormais presque toutes officielles, de ses premières tentatives, à dix-sept ans et quelques, en passant par la publication de tout Sade et de milliers d’autres, à découvert ou en catimini, encore et surtout, par Justine, Juliette et Les 120 Journées. Il en est de même avec son « frère ennemi », Eric Losfeld, qui n’a laissé que quelques indices de ses nombreuses activités littéraires dans Endetté comme une mule. André Balland suivit la même voie, écopant de procès en rafales, tandis que Christian Bourgois se battait de front auprès des ministres pompidoliens. Dans une moindre mesure, Claude Tchou, eut même l’idée de proposer une série de libertins du XVIIIe dans une lourde cage, fermée d’un fragile cadenas. Jérôme Martineau suivit leurs pas en érotisme, jusqu’à ce qu’il révélât, dans un documentaire télévisé, qu’il avait été membre de la LVF, les sinistres SS français… Maurice Girodias, qui fonda, en 1953, les mythiques Olympia Press, a été longtemps « le plus célèbre de ces inconnus. Sade libéré, tout était  imaginable… et publiable.

Au procès, Georges Bataille estime que « pour quelqu’un qui veut aller jusqu’au fond de ce que signifie l’homme, la lecture de Sade est non seulement recommandable, mais parfaitement nécessaire ». Jean Cocteau écrit que « Sade est un philosophe et à sa manière un moralisateur… ». Quant à  André Breton, qui n’était pas à Paris le jour du procès – et son texte n’avait pas été lu car il avait été égaré ! -, Sade a influencé de grands poètes tels que Lamartine, Apollinaire, Baudelaire etc. Jean Paulhan, enfin, le grand éditeur de la NRF, conclut « Le découragement, le dégoût qu’inspire l’œuvre de Sade peuvent conduire celui qui le lit à se réfugier dans quelque couvent. Je crois qu’il y a là un danger, mais c’est un danger éminemment moral ».

Pauvert sera condamné le 10 janvier 1957 et rejugé, presque triomphalement, en appel, le 12 mars 1958.

Le catalogue de Pauvert évoquait aussi Boris Vian, Queneau, Georges Bataille, Roussel et Panizza. Et le surréalisme s’est confondu avec les Oeuvres complètes du Marquis.

Pauvert était devenu éditeur à seize ou dix-sept ans, dans le garage de ses parents, à Sceaux. Or, à l’instar de l’auteur, l’éditeur et l’imprimeur d’un libelle clandestin se dissimulent aussi. Et leur « signature », quand elle est apposée, poétise, plaisante ou provoque : s’entremêlent, dans les rayonnages, des volumes mentionnant qu’ils soient publiés, au choix, « A Paphos, de l’Imprimerie de l’amour », « A Cologne, à la Couronne des amours », « A Lausanne, Au Verger des amours », à « Amsterdam, A l’enseigne de la liberté choisie », « sous le manteau de la cheminée pour les amis de C.C. », à « Reims, A l’enseigne du pied de biche », par « Le Musée secret du bibliophile français », « A Bombay, Imprimerie des bibliophiles », « A Constantinople, De l’Imprimerie du Mouphti », « A Foiropolis, Chez le Docteur Chirouec, rue de la Torchette », « A Bikini, aux dépens de quelques amateurs », « à Constantinople, l’année présente », « Au Cap-vert, Éditions fugitives », à « Papeete, Les Bibliophiles créoles », « Aux éditions de l’idée libre », « À Paris, rue de l’Échelle, en Suisse, à Londres, en Prusse & en Hollande chez tous ses créanciers »…

Grâce à cette longue tradition  Jean-Jacques Pauvert racontait que police et justice avaient mis un certain temps à réagir, tant la tradition était installée : « A Sceaux. Chez Jean-Jacques Pauvert » ne pouvait être qu’une adresse de fantaisie. Notamment pour offrir au-delà de La Philosophie dans le boudoir, des livres incandescents.Jean-Jacques a narré la première partie de sa vie dans La Traversée du livre. Le volume s’arrête en 1968, l‘année de ma naissance.

Grâce à Pauvert, j’ai découvert Sade en Livre de poche, à l’âge de douze ans. Le marquis est aujourd’hui entré dans la Pléiade. Et l’avocat que je suis devenu plaide désormais, trop souvent en vain, en faveur de « pâles copies » des crimes littéraires de l’amour. Ainsi vont les cycles des juges, des ministres et des ligues de vertu, qu’ils ne se soucient guère ni d’histoire ni de cohérence intellectuelle.

Sade à l’épreuve de la censure contemporaine

         L’outrage aux bonnes mœurs n’existe plus en tant que tel. Jusqu’à l’adoption, en 1993, du Nouveau Code pénal, la même loi que celle qui a voué Sade aux Enfers sanctionnait les « imprimés, tous écrits, dessins, affiches, gravures, peintures, films ou clichés, matrices ou reproductions phonographiques, emblèmes, tous objets ou images contraires aux bonnes mœurs ». Et les textes alors en vigueur prenaient soin de préciser qu’étaient concernés les faits d’ « importer, exporter, transporter, projeter, afficher, exposer, vendre, louer, offrir, distribuer » ou encore de simplement « remettre » les livres litigieux.

         Désormais, l’article 227-24 du Code pénal dispose que « le fait soit de fabriquer, de transporter, de diffuser par quelque moyen que ce soit et quel qu’en soit le support, un message à caractère violent ou pornographique, ou de nature à porter gravement atteinte à la dignité humaine ou à inciter des mineurs à se livrer à des jeux les mettant physiquement en danger, soit de faire le commerce d’un tel message, est puni de trois ans d’emprisonnement et (d‘une amende), lorsque ce message est susceptible d’être vu ou perçu par un mineur ».

Cette rédaction plus qu’imprécise, qui représente désormais une porte ouverte aux censeurs, a été fortement dénoncée par les observateurs attentifs, lors du vote parlementaire ; et en premier lieu par Jean-Jacques Pauvert. L’interprétation que peuvent faire les juridictions d’un texte aussi flou et répressif est très large. Les groupes de pression – qui se font fort de défendre la famille ou la religion – l’ont bien compris et hésitent de moins en moins à demander aux autorités d’agir, voire à intenter eux-mêmes les procès.

         Toutefois, les autorités ont toujours considéré que le contrôle des bonnes mœurs ne doit pas entraver les manifestations de l’art et de la science. Or, de même que des éditeurs ont su longtemps tirer profit de cette tolérance pour livrer des albums sur l’anatomie ou le sport antique, l’œuvre de Sade est demeuré intouchable, car ointe de terme « littérature », mais aussi de celui de « philosophie ». Alors que, dans tout un autre contexte, un seul paragraphe du marquis peut encore se révéler litigieux.

         La morale d’aujourd’hui permettrait d’ailleurs sans doute de réprimer bon nombre de textes littéraires, publiés impunément, il y a encore trente ans. Il n’est pas sûr qu’aujourd’hui un Lolita serait accueilli sans réaction judiciaire. Il est flagrant que Sade, qui, fort de ses principes, les a expérimentés jusqu’à plus soif, puisse adresser un premier roman à Gallimard où se mêlent et cohabitent coprophagie, bestialité, tortures et meurtre de masse.

         Rappelons enfin que, au sein d’un mécanisme juridique en théorie consacré aux écrits proprement destinés à la jeunesse, la loi de 1949 contient des mesures qui permettent de sanctionner les « publications de toute nature présentant un danger pour la jeunesse en raison de leur caractère licencieux ou pornographique ». L’ordre moral n’est pas encore de retour, mais la justice est toujours prête à l’accueillir. Et Sade est toujours au premier rang.

Revenons cette fois en 1954 et 1955, lorsque la Commission du Livre a eu connaissance de la publication des ouvrages de Sade par la société d’éditions Librairie Jean-Jacques Pauvert. Aux termes du Décret-loi du 29 juillet 1939, toute poursuite d’une « infraction (…) commise par la voie du livre » devait alors être précédé d’un avis de la Commission Consultative Spéciale.

Elle a émis l’avis qu’il fallait renvoyer en justice quatre titres depuis la bien euphémisée Philosophie dans le Boudoir jusqu’à La Nouvelle Justine en passant par Juliette et, bien entendu, Les 120 Journées de Sodome.

Pour l’éditeur Pauvert, qui s’est fait, à distance, porte-parole de son auteur : « Ce sont des ouvrages qui à mon avis font partie du patrimoine de notre littérature ». Il ne nie pas le caractère obscène du livre mais il estime que son édition n’est pas contraire aux bonnes mœurs du fait de son caractère limité.

Il note aussi « Le découragement, le dégoût qu’inspire l’œuvre de Sade peuvent conduire celui qui le lit à se réfugier dans quelque couvent. Je crois qu’il y a là un danger, mai c’est un danger éminemment moral ». Or, les lois sur les bonnes moeurs ou la pornographie ont toutes pour objet de lutter contre la propagande ; en clair, contre la masturbation et la fornication généralisées. Hélas, Sade n’excite pas. Sauf les détraqués. Et les procureurs et juges s’en rendent compte.

C’est cette forme de nausée qui vaut au film de Pasolini d’être toujours regardable en toute légalité. Salo ou les 120 journées de Sodome a été interdit dans de nombreux pays, y compris en Italie lors de sa sortie en 1975. Mais, en France, il a été projeté dans une salle de cinéma indépendant à Paris. Et a également été diffusé à la télévision sur des chaines du câble. Précisons que le film peut être visionné facilement sur internet.

La censure après Sade

Il est désormais possible de lire Sade dans la luxueuse bibliothèque de la « Pléiade » ; il n’a cependant pas perdu un degré de sa puissance subversive. Ce qui a fait dire à Jean-Jacques Pauvert que, avec Sade disponible dans toute bonne librairie, aucune censure n’a encore de sens.

Elle continue pourtant de s’exercer, sans jamais viser le marquis, ses livres ou les œuvres dérivées qu’il a engendrées : dessins, vidéos, et autres bouteilles des vin… Sans oublier le château de Lacoste, racheté par Pierre Cardin et toujours en ruines mais doté d’un parking.

Il serait vain de chercher à définir la pornographie ou la distinguer de l’érotisme. La description de l’acte sexuel en des termes explicites ou crus peut être considérée comme l’un des critères de la pornographie.

A ce titre, L’Epi monstre, de Nicolas Genka, est censuré en 1962. Tombeau pour cinq cent mille soldats et Eden, Eden, Eden, publiés en 1967 et 1970, par Pierre Guyotat, sont eux-aussi victimes de la censure. Parisian boys de Jim Richard est sanctionné en 1973. La revue Homo l’est à son tour, en 1976, année de la publication de Truqueurs s’abstenir, d’Eric Dell, etc.

La censure est aujourd’hui omniprésente : presse, internet, cinéma, arts plastiques, livre, théâtre, musique, jeux vidéo, télévision, etc. A telle enseigne qu’il ne s’écoule plus une semaine sans qu’elle fasse « la une », d’affaire en affaire, dans un monde où l’art et l’information connaissent de moins en moins de frontières et, paradoxalement, de plus en plus de restrictions.

Le terme de « censure » connaît pourtant plusieurs acceptions. Selon les uns, il s’agit du seul cas où une autorité impose d’examiner avant sa diffusion publique d’un message et, le cas échéant, l’interdit ou en restreint le contenu ou la cible. Dans une conception plus large, adoptée ici, la censure est assimilée à toute mesure visant à limiter la liberté d’expression, que ce soit a priori, comme une fois l’objet du litige déjà entre les mains du public.

Le paradoxe sadien, relevé maintes et maintes fois par le même Pauvert, se révèle, de jour en jour, de plus en plus pertinent lorsque vient l’heure, déjà avancée dans la nuit, de se pencher sur les annales judiciaro-littéraires. Le jeune éditeur dut lutter jusqu’en 1958 pour que les autorités judiciaires françaises décident de lever le tabou sur l’œuvre du divin marquis. Or, Donatien Alphonse François a poussé les descriptions de débauche, de crime sexuel et de tortures à leur paroxysme. Tous les commentateurs s’accordent à ne lui trouver aucun égal tant dans l’horreur des scènes et des sévices que dans l’apparente absence de morale. Dès lors que Sade est en vente libre, selon Jean-Jacques, aucune censure, en tout cas en matière de mœurs, n’a donc plus de raison d’être. Le censeur, s’il était logique – mais, rassurons-nous, c’est sa première vertu, il ne l’est pas – serait pris au piège de la décision de 1958.

Sade a enfin gagné ses procès. Et pour toujours.

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